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C’est quoi l’éducation aux médias?

Cet article est un extrait du texte écrit et publié par Divina Frau Meigs et Bérangère Blondeau, les auteurs du MOOC DIY EMI, juin 2015.

La définition de l’Education aux médias et à l’information s’est construite en plusieurs étapes, autour de différentes déclarations et textes fondateurs.
Ceux-ci posent le socle de base des dispositifs, objectifs et enjeux de l’Education aux Médias dans un premier temps (1982), puis de l’Education aux médias et à l’information dans un deuxième temps (2011).
Ces définitions sont complexes et variées étant donné les enjeux de citoyenneté et de créativité à l’ère numérique. Cela fait partie du débat autour de l’EMI.
Que ceci ne vous empêche pas d’être au clair sur la définition de l’EMI ; vous pourrez en parler aux autres et mettre en place votre projet d’EMI.

LES GRANDS TEXTES :

Déclaration de Grunwald (1982) :

http://www.unesco.org/education/pdf/MEDIA_F.PDF

Education aux médias :
« …une éducation aux médias conçue comme une préparation des citoyens à l’exercice de leurs responsabilités  »
 » L’école et la famille partagent la responsabilité de préparer les jeunes à vivre dans un monde dominé par les images, les mots et les sons. Enfants et adultes doivent être capables de déchiffrer la totalité de ces trois systèmes symboliques, ce qui entraîne un réajustement des priorités éducatives, lequel peut favoriser à son tour une approche intégrée de l’enseignement du langage et de la communication  »

Kit de l’Unesco (2006)
Définition de l’Education aux médias p 181

 » Éducation aux médias. Processus d’enseignement et d’apprentissage qui porte sur une compétence générale, dont l’objet ne se limite pas au texte imprimé mais englobe aussi les autres systèmes symboliques constitués d’images et de sons. Elle a pour objectif de donner à l’apprenant la capacité d’analyser des textes médiatiques (productions écrites, audiovisuelles, numériques…), pour en comprendre la signification et en évaluer les valeurs et la portée. Ce processus de compréhension et d’utilisation se fait de manière active et combine critique et créativité.
Elle permet aux jeunes de construire des interprétations et de formuler des jugements informés lorsqu’ils se trouvent en position de consommateurs de médias. Elle les rend aussi capables de devenir par eux-mêmes des producteurs de médias.  »

Agenda de Paris (2007) :
 » Une conception inclusive de l’éducation aux médias se donne trois objectifs principaux : – permettre l’accès à tous les types de médias, ou ils potentiels de compréhension de la société et de participation à la vie démocratique, – former à l’analyse critique des messages, tant d’information que de divertissement, afin de développer les capacités d’individus autonomes et d’usagers actifs, – favoriser la production, la créativité et l’interactivité dans les différents registres de la communication médiatique.  »
http://owni.fr/files/2011/02/AgendaParisFinal_fr.pdf

Déclaration de Paris (2014) :
 » La déclaration de Paris incite les décideurs et les responsables politiques à se pencher de manière approfondie sur la question de la MIL à l’ère numérique, estimant que les compétences MIL et les compétences en matière de technologie sont complémentaires. L’un ne va donc pas sans l’autre. Les compétences en termes de technologie devraient être transmises dans le contexte d’une éducation aux médias et à l’information. S’il importe de savoir quelle technologie est à la disposition des citoyens, il est encore plus important de se concentrer sur ce qu’ils en font, ou sur la manière dont ils réagissent à l’information, aux médias.  »
http://www.unesco.org/new/fr/communication-and-information/resources/news-and-in-focus-articles/in-focus-articles/2014/paris-declaration-on-media-and-information-literacy-adopted/

Frise d’OWNI sur « 30 ans d’Education aux médias en Europe »
http://app.owni.fr/timeline_medias/

Source: MOOC DIY juin 2015

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La liberté d’expression sur les réseaux sociaux

Cet article est un extrait du texte publié par Bérangère Blondeau et Divina Frau Meigs, les auteurs du MOOC DIY EMI, juin 2015.

En chiffres

La liberté d’expression est impactée par internet et les réseaux sociaux qui désormais sont à traiter come des médias. Les réseaux sociaux font confluer médias papier, audiovisuel et numérique. Cette convergence entraîne des changements irréversibles dans la communication comme dans l’information.

https://wronghands1.wordpress.com/gallery-3/#jp-carousel-1103

De nouveaux entrants de toutes tailles, sans culture médiatique de départ — des spécialistes tout en ligne (pure players) aux jeunes auto-publiants —, viennent transformer la donne. Toutes sortes d’acteurs et d’opérateurs exercent des activités médiatiques ou simili-médiatiques. Ils bousculent les codes pré-numériques, en s’appuyant sur la structure des réseaux sociaux et sa vision intégrée de la coopération et de la participation des usagers. Ils donnent le sentiment d’une convivialité facile, voire gratuite, qui naturalise les médias, c’est-à-dire les inscrits dans une sorte d’évidence ambiante qui émousse le sens critique.

https://wronghands1.wordpress.com/gallery-3/#jp-carousel-1103

Dans ce contexte de plateformes mondialisées et transfrontières, la liberté d’expression, en principe, s’applique également en ligne. Dans les faits, elle tend à relever d’abord du droit américain qui ne reconnaît pas les mêmes limites historiques que le droit européen ou français (négationnisme, discours de haine, antisémitisme…). Les problèmes sont complexes : la porosité des frontières nationales dans un média transfrontière, la confrontation des différents régimes de droit, les situations inédites ( les blogs sont-ils des médias ?….).

A l’école, l’entrée des médias numériques est facilitée par les usages des jeunes qui naviguent sur toutes sortes de supports facilement accessibles (tablettes, portables, téléphone…). Ils confèrent à toute personne des capacités lui permettant de contrôler la chaîne éditoriale de l’information, de sa production à sa mise en ligne pour diffusion à sa recommandation et reproduction. Elle fait de tout élève un média en puissance à lui tout seul, sinon un journaliste professionnel. La séparation classique en EMI entre le décryptage d’un média et l’expression de l’élève est aussi remise en question et fragilisée.

A l’élève, l’EMI fait comprendre ce qu’est un réseau social, à quoi il ressemble, qui y participe, quel est son fonctionnement, ses règles. Elle donne des clefs de lecture et les moyens de participer, de se protéger et de modifier son comportement sur les réseaux. Il se familiarise aussi au décryptage de l’information en ligne : vérification des sources, modes de référencement et manipulations du

http://www.cemea.asso.fr/Ressources-Expos/IMG/pdf/Expo_Reseaux_Sociaux.pdf

Le rôle de l’enseignant en EMI consiste à accompagner la réflexion critique sur les réseaux sociaux et les plateformes tout autant que sur les organes de presse (identité numérique, expression personnelle en ligne…).Il vise à bien mettre en évidence les mécanismes de décryptage et peut le faire par la formation à l’utilisation des outils et des ressources numériques. L’EMI favorise la sensibilisation aux droits et aux devoirs liés à l’usage de l’internet et des réseaux, qu’il s’agisse de la protection de la vie privée ou du respect de la liberté d’expression.

L’EMI utilise tous les moyens mis à disposition par le Web 2.0 (Pinterest, Instagram, Scoop.it…) pour que les élèves exercent leur liberté d’expression dans des projets dédiés. Il ne faut pas confondre l’usage strict des outils numériques (TIC) au service d’une discipline comme le français, les maths ou histoire et son usage au service du médiatique. La finalité de l’EMI n’est pas l’usage des outils en tant que tels mais l’acquisition de l’esprit critique, la compréhension et la citoyenneté : le médiatique n’est pas soluble dans le numérique même si ce dernier emprunte la plupart de ses codes aux médias. Par exemple, faire une « tweet dictée » en classe de français ne relève d’un projet d’EMI que s’il y a une véritable réflexion sur la communication de l’information par Twitter et le travail collaboratif en ligne enrichi d’une pratique réflexive et critique.

Source: MOOC DIY juin 2015

La déclaration universelle des droits de l’homme

A  regarder ici

Dans la Déclaration des droits de l’enfant de 1959, l’article 13 reprend le droit à la liberté d’expression et l’article 16 le droit à la vie privée. Ces articles protègent les jeunes de moins de 18 ans en leur assurant la protection de leurs droits par l’Etat et leur propre participation à la vie de la cité. Cela fait écho à l’article 27 de la déclaration des Droits de l’homme sur la participation. Les médias sont très spécifiquement mentionnés dans l’article 17 qui met l’accent sur leur lien au bien-être des jeunes : « Les états parties reconnaissent l’importance de la fonction remplie par les médias et veillent à ce que l’enfant ait accès à une information et à des matériels provenant de sources nationales et internationales diverses, notamment ceux qui visent à promouvoir son bien-être social, spirituel et moral ainsi que sa santé physique et mentale ».

Le cadre des droits de l’homme et de la déclaration des droits de l’enfant crée une continuité entre ces divers droits et non une opposition. Cela s’est transposé à l’échelon européen et français à une réflexion sur les usages responsables d’internet. Celle-ci met l’accent sur les limites ou les risques et répond à l’obligation des états d’assurer la protection des jeunes. Elle doit s’accompagner d’un volet supplémentaire qui exploite les nombreuses potentialités de la liberté d’expression sur les réseaux et relève de la promotion par les états de la participation de l’enfant.

© Nicolas Vadot / Cartooning for Peace
A retrouver sur TV5 Monde : la Déclaration des des Droits de l’Homme illustrée en dessins de presse (en collaboration avec Cartooning for Peace)

Exercer sa liberté d’expression dans le respect des responsabilités et limites s’apprend comme l’indique l’article 26 des droits de l’homme qui précise « L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. ». La déclaration des droits de l’enfant s’inscrit ainsi dans la continuité de celle des droits de l’homme et le prépare à une citoyenneté pleine et entière.

L’EMI apporte aussi des réponses aux autres droits de l’homme liés aux médias à l’école : vie privée et participation en particulier. Elle intègre dans et hors la classe l’émergence de nouveaux comportements, et de nouveaux enjeux liés à l’identité numérique en favorisant la prise de conscience d’une présence constructive sur les réseaux : présence cognitive (s’informer, accéder au savoir…), présence sociale (communiquer, publier, remixer…) et présence « designée » (connaître les modèles économiques du net, analyser les contraintes des plateformes commerciales, faire des choix éclairés en matière d’expression …).

La multiplication des applications pour les réseaux sociaux et la facilité avec laquelle les élèves peuvent produire de l’information et communiquer impliquent qu’ils soient véritablement et pleinement acteurs et responsables de leurs actes et paroles par des formations, sensibilisations et ressources. L’EMI les accompagne dans leur propre construction et bien-être ainsi qu’ au vivre ensemble en démocratie. Elle les engage dans un processus global qui contribue, à leur échelle, à un environnement propice à la paix et au dialogue interculturel.
Source: MOOC DIY EMI juin 2015, Bérangère Blondeau et Divina Frau Meigs

C’est quoi la liberté d’expression?

A découvrir sous forme de vidéo

La liberté d’expression fait partie des Droits de l’homme dès l’époque des Lumières. En France, elle est présente dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789. Elle constitue l’article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948. Elle fait l’objet de l’article 10 de la Déclaration européenne des droits de l’homme en 1950. Elle se décline en plusieurs catégories : liberté d’opinion, la liberté de recevoir ou de communiquer des idées, et plus récemment le droit à l’information.

La liberté d’expression est au fondement de la démocratie parce qu’elle permet à toutes sortes de points de vue pluriels de s’exprimer et qu’elle soutient le discours public contradictoire propre à un gouvernement par le peuple. Elle est fondamentale pour que les citoyens soient éclairés, se fassent leur propre opinion et puissent éventuellement voter et choisir leurs représentants.

Dans ce contexte, la liberté de la presse est absolument indissociable de la liberté d’expression car il s’agit de diffuser les idées le plus amplement possible et de faciliter le pluralisme des opinions. La liberté de la presse s’inscrit dans la loi de 1881 en France. Elle comporte quelques limites, liées au vivre-ensemble et proportionnelles au but poursuivi, dans une marge nationale d’appréciation.

La question des limites à la liberté d’expression est à inscrire dans le contexte politique européen suite à la 2e guerre mondiale. La plupart des pays d’Europe, et la France en particulier, considèrent comme un délit et non comme une opinion : le négationnisme, le racisme, l’antisémitisme et le discours de haine en général ainsi que l’incitation au terrorisme. La loi distingue entre les faits historiques (les génocides par exemple) et les croyances qui relèvent de la sphère privée.
https://www.maif.fr/content/pdf/solutions-educatives/par-thematique/maif-okapi-cahier-liberte-d-expression.pdf

Par contraste, les Etats Unis ne mettent aucune limite à la liberté d’expression, protégée par le premier amendement de la Déclaration des droits (Bill of Rights 1791). Il stipule que le Congrès ne pourra faire aucune loi entravant la liberté de religion, liberté d’expression et de presse. C’est ce régime de liberté d’expression qui prédomine sur les réseaux sociaux et les plateformes commerciales en ligne, majoritairement fréquentés par le grand public et les jeunes en particulier. L’ère numérique favorise la globalisation et la circulation transfrontière des idées et des agissements ce qui est source de confusion.
Eduquer aux médias et à l’information c’est précisément donner des connaissances culturelles et interculturelles, préciser les contextes de l’Expression, analyser les agendas ouverts et cachés des médias, décrypter les sources et se repérer dans les règles de citoyenneté. Dans ce contexte l’EMI est bien un enseignement transversal qui permet d’exercer son sens critique, construire son opinion et agir en citoyen averti. Le « E » de l’EMI prend ainsi toute sa valeur.

L’EMI a un rôle à jouer dans la protection et la promotion de la liberté d’expression à l’école.
Elle aide au décryptage des médias et fait valoir les droits comme les responsabilités de la liberté d’expression exercée à titre personnel ou institutionnel (organes de presse de toutes sortes).
Elle favorise l’expression des élèves et la confrontation des opinions personnelles par la verbalisation des émotions et la justification des prises de position.
L’EMI permet de créer des activités où les jeunes peuvent exprimer leurs représentations et leurs idées dans le cadre d’un projet et se mesurer aux limites et aux potentialités de la liberté d’expression.

Cette démarche s’inscrit dans la pédagogie active de Célestin Freinet pour qui la prise en main des outils permettait aux élèves de bâtir leur conscience citoyenne et constituait ainsi des ateliers de démocratie. A l’école elle s’est traduite par la mise en place concrète de supports d’expression des élèves, soit à l’occasion d’un projet de classe ou d’établissement, soit sous la forme d’un produit médiatique installé, officiel et respectueux de la liberté d’expression des élèves comme un journal collégien ou lycéen. Dans ce contexte, le CLEMI s’est vu octroyé le dépôt pédagogique de ces productions et la médiation en cas de litige ou de problèmes.
http://clemi.fr/fr/productions-des-eleves/journaux-scolaires/revues-annuelles-de-la-presse-scolaire-et-lyceenne/

Eduquer aux médias et à l’information met en œuvre la liberté d’expression dans des projets qui allient la créativité et la citoyenneté. Le rôle de l’enseignant ou de l’adulte référent consiste entre autres à :
transmettre les valeurs de la République : les différents textes de loi et déclarations des droits doivent être présentés et illustrés dans des situations concrètes d’éducation civique (débats, lectures, jeux de rôle…).
accompagner les élèves dans leurs cheminements tout au long de leur « devenir citoyen » : les différents projets d’EMI mettent en place généralement l’esprit critique, la compréhension, la créativité et visent à susciter leur motivation et leur engagement (presse scolaire et lycéenne, radio, blog, histoires digitales/ story telling, posters, écriture en ligne sur les réseaux…)

Propositions pour en débattre et pour la mise en œuvre dans et hors l’école :
Jets d’encre a publié deux kits pour leur 10 ans : « Liberté d’expression » et « Créer son journal »

http://www.jetsdencre.asso.fr/2004-2014-nos-10-ans/

http://www.jetsdencre.asso.fr/2004-2014-nos-10-ans/

Pearltree du CLEMI recensant l’expérience des Web docs et leur utilisation dans la classe : http://www.pearltrees.com/clemi_mediadoc/se-plonger-webdoc/id13570192

Vidéo sur le projet Photo de classe voir ici

Source: MOOC DIY EMI juin 2015, Bérangère Blondeau et Divina Frau Meigs